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Daniel TIMSIT

Les éditions Bouchène ont eu l’excellente idée de faire paraître un texte qui, dans sa première version, avait été publié par la Revue d’études palestiniennes en 1995. Daniel Timsit y raconte la guerre d’Algérie. Sa guerre d’Algérie. Celle qu’il vécut lui, Juif algérien, au côté des autres Algériens en lutte pour leur indépendance.

Son récit commence par son enfance place de la Lyre, à Alger, à l’entrée de la Casbah. Enfance placée sous le signe de la ségrégation implicite des communautés. C’est très tôt que débutera son engagement politique, en 1944 (il a alors quinze-seize ans), avec son adhésion au Parti communiste algérien. Il entre résolument dans la guerre de libération dès 1955. Étudiant en médecine, il est alors l’un des responsables des étudiants communistes d’Alger. Paradoxalement, c’est précisément son engagement actif dans la lutte armée pour l’indépendance, engagement qu’il avait conçu comme la conséquence logique de son communisme, qui lui fera quitter le Parti communiste en 1956, lorsque celui-ci se trouvera des raisons pour se dérober face à la montée des revendications nationalistes en Algérie.

Daniel Timsit sera arrêté en octobre 1956 et maintenu en prison jusqu’en 1962, en Algérie d’abord, puis en France. « C’est en prison que j’ai découvert mon identité algérienne », écrit-il. Et il raconte avec une sensibilité remarquable sa découverte du peuple algérien. Fonction inattendue de la prison en Algérie durant l’occupation française, elle semble avoir été le lieu même du dévoilement ultime de la vérité. Le lieu où elle apparaissait dans sa nudité intolérable, le seul lieu peut-être d’où elle pouvait être dite. C’est en prison déjà que Kateb Yacine, incarcéré en 1945 aprés les événements de Sétif, disait avoir rencontré le peuple algérien et avoir dès lors décidé de lui consacrer sa vie. C’est de prison que Henri Alleg dira aux Français la vérité de cette guerre qu’ils niaient comme ils niaient un pays et un peuple.

Puis viendra l’indépendance. Ses exaltations, mais aussi ses nouvelles luttes et ses déceptions. Daniel Timsit décrit avec beaucoup de lucidité les différentes activités politiques qu’il mena durant cette période, sans aucune forme de complaisance.

C’est un regard neuf, sensible et profondément humain que jette Daniel Timsit sur l’Algérie. Ce livre constitue un témoignage unique dont on avait grand besoin sur chacune des deux rives de la Médiierranée.

Karim HAOUADEG
Europe, n° 851, mars 2000