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Une famille andalouse6 0x200Une famille andalouse

Ethnocomplabililé d’une économie invisible
Alain Cottereau, Moktar Mohatar Marzok

Dans cette période où la précarité s’installe, il est urgent de renforcer notre connaissance des conditions de vie des familles les plus exposées. C’est le premier intérêt de l’ouvrage d’Alain Cottereau, sociologuehistorien de Paris et Mokhtar Mohatar Marzok, anthropologne de Grenade qui viennent de publier Une famille andalouse. Ethnocomptabilité d’une économie invisible.

Le résultat de trois ans d’enquête quotidienne auprès d’une famille espagnole d’origine marocaine avec ses 3 enfants de 6 à 13 ans, la mère qui effectue des travaux domestiques, le père qui vend sur les marchés. L’économie de la famille ne compte pas au regard des institutions, des statistiques officielles, des études de marché. Mais pour vivre quotidiennement, aller chaque jour d’hier à demain et garantir les parcours scolaires, toute une activité ingénieuse et informellement solidaire compte au plus haut point. Les chercheurs plongent dans ces ramifications, s’attachent à en mesurer et en qualifier tous les aspects, éminemment disparates : la gestion du budget du ménage côtoie le récit de vie et la combinaison des références culturelles propres à chacun des deux bords de la Méditerranée - que cette famille à la fois porte en elle et rejoue dans les interactions sociales. Les deux chercheurs inventent une méthode pour mettre en relief et rendre significatif tout ce disparate, car si la vie domestique est la première intelligence du vivre ensemble, elle est incompréhensible hors des points de vue de ceux qui la conduisent. En cela, le geste de cette étude est politique : il démontre que le moment d’institution sociale et culturelle de l’économie est son inscription dans une évaluation qui tient compte de tous les points de vue. Celui de l’expertise n’y prévaut pas au bout du compte : au contraire, elle rend sa part à l’acteur qu’elle sort de l’invisibilité par la valeur de son activité prise à sa juste mesure.

Isabelle Ullern
Le Journal de l’action sociale, septembre 2012